Victorine, au volant de sa vie

De l’autre côté de la ville, Victorine Kwassinwi a eu moins de chance. La jeune femme de 25 ans a perdu l’usage de ses jambes il y a 10 ans en tombant du haut d’un manguier. C’était la fin de sa scolarité mais pas de sa gaieté. Elle rit à gorge déployée avec quelques membres de sa famille à notre arrivée. Des vêtements à sécher ornent les buissons à l’entrée de leur concession familiale.  Victorine garde la même humeur joyeuse en nous racontant l’accident qui l’a rendue tétraplégique. « Ma colonne vertébrale s’est fracturée quand je suis tombée. On a fait le tour des hôpitaux et spécialistes, jusqu’à Bafoussam (grande ville voisine) sans résultat. Je n’arrivais plus à bouger les bras et les jambes. Je restais toute la journée sur une chaise pliable et mes frères devaient me porter pour tout déplacement » raconte-t-elle.

En ce début d’après-midi, la chaise pliable est hors service. Elle est devenue le repère des chats et l’abri des poules sur la cour familiale. Car depuis janvier 2020, Victorine peut rouler à défaut de marcher. Elle devise gaiement avec ses voisins, juchée sur le tricycle offert par FAIRMED. « J’étais trop contente. Le premier jour, j’ai roulé toute seule jusqu’à l’église. Tout le monde me saluait sur le chemin. C’était magique ! ».

FAIRMED lui a aussi permis de retrouver la mobilité de ses bras en lui offrant des séances de kinésithérapie. « Un employé de FAIRMED venait souvent me faire des exercices plusieurs fois par semaine. Après quelques temps, j’ai pu recommencer à bouger les bras. C’est grâce à son aide que je peux me mettre debout sur des bâtons. Parfois j’essaie quelques pas mais mes jambes sont mortes. En dessous des hanches, Je ne ressens rien du tout » partage-t-elle.

La concession familiale est un set de quatre éléments. Une bâtisse de ciment entourée d’un hangar pour animaux et d’une petite hutte en guise de cuisine. Victorine vit ici avec sa grand-mère depuis le décès de ses parents. On peut apercevoir à l’arrière les tôles qui abritent des toilettes traditionnelles. Victorine n’y est plus allée depuis son malheureux accident.  Sa paralysie l’a rendue incontinente dans une famille trop pauvre pour s’offrir le luxe des couches pour adultes. «Ma grand-mère devait me nettoyer toutes les deux heures et quand elle n’était pas là, je restais trempée toute le journée en attendant son retour. Parfois j’évitais de manger pour ne pas faire de selles sur moi ». L’équipe du projet Bankim de FAIRMED décide de lui offrir des couches jetables pour adultes chaque mois. Désormais Victorine peut tenir de longues heures sans assistance particulière. Une fois par mois, elle roule vers le salon de coiffure pour se faire belle. D’ailleurs des extensions rouges donnent du peps à ses rastas. Le légume aux bras et jambes inertes d’il y a cinq ans, s’est mué en une jeune femme pétillante et taquine. « FAIRMED m’a redonné de la valeur à mes propres yeux. Leur aide est comme une seconde chance. J’ai l’impression que ma vie vient de commencer et que moi aussi je peux réussir ». Une sensation qui féconde en elle plusieurs projets d’avenir. La jeune femme est en quête de capital pour ouvrir une boutique et supporter elle-même les revers de son handicap.  Libre, autonome, Victorine peut désormais embrasser les couleurs de sa vie.

 

Victorine