Récits de vie

Elle raconte!

Je m’appelle Victorine NKWASSENGNI, je suis âgée de 22ans. Il y a de cela 4ans je suis tombée du haut d’un manguier et j’ai été directement conduit à l’hôpital de district de Bankim ou on m’a annoncé que j’étais paralysé des deux membres inférieurs. Une semaine plus tard les responsables de l’hôpital m’ont dit que mon cas ne pouvait pas être géré a leur niveau, parce que le personnel ne savait pas comment m’apprendre à marcher de nouveau. C’est ainsi que j’ai été transféré à l’hôpital de BANSO, après Bamenda avec ma grand-mère, mais après deux semaines dans cet hôpital aucun soin ne m’était donné. C’est ainsi que ma famille a décidé de me ramener à la maison à Bankim afin de trouver de l’argent et un autre hôpital pour ma prise en charge. Mes soins étaient payés par ma grande soeur. Mais malheureusement, ma grande soeur qui s’occupait de tout est décédée un an plus tard, j’étais condamné à vivre enfermé dans la maison où je devais tout faire surplace et renoncer à tous mes rêves de jeune fille.

C’est seulement 4 ans après cet accident que le représentant des PH dans le COSADI s’est approché de ma famille pour nous parler de l’action de la Fondation FAIRMED Et de l’importance qu’elle accorde aux personnes vivant avec le handicap et m’a encouragé à me rendre à l’hôpital pour établir mon certificat médical et à partir de là il m’a introduit au kinésithérapeute de FAIRMED qui directement s’est penché sur mon cas et m’a prodigué des conseils et parlé de rééducation. Même si le kiné m’a expliqué que mon cas est compliqué, ses conseils, ses encouragements et les exercices qu’il m’apprend me soulagent beaucoup et je pense que je vais pouvoir apprendre à me déplacer et à utiliser les aides techniques. Probablement si un tel service existait mon état serait mieux aujourd’hui, je suis vraiment reconnaissante à l’endroit de FAIRMED d’avoir mis un professionnel du handicap pour nous aider à Bankim. Je pense pouvoir redonner du sourire à mes grands-parents et mes deux petites soeurs car une orpheline comme moi devait pouvoir aider dans l’éducation de ses petites soeurs.

Le parent de Divine s'exprime

« J’ai des frissons de gratitude à chaque fois que je raconte cet épisode de notre vie. Divine est mon petit dernier, le benjamin d’une fratrie de quatre enfants. Sa naissance en 2010 a apporté beaucoup de joie dans notre foyer. Mon mari Gédeon et moi  habitions dans le village Fouabang. C’est une petite localité de l’aire de Santé de Songkolong dans l’arrondissement de BANKIM. Nous sommes très éloignés de la grande ville, il faut plus de trois heures de route non bitumée et impraticable pour parcourir les 112km qui séparent notre village de l’hôpital de District de Bankim.

Quelques semaines après la naissance de Divine, on a constaté qu’une grosse boule apparaissait de temps en temps dans ses testicules. Chaque fois que la boule sortait, ses pleurs triplaient et ça nous a immédiatement inquiétés. Mon mari et moi avons fait le déplacement pour Kumbo, une ville du Nord-ouest Cameroun, plus proche de notre village. Sur place, le médecin nous a révélé que notre enfant souffrait de « hernie anguino-scrotale », c’est-à-dire que ses intestins étaient descendus dans les poches qui portent ses testicules. Il nous a recommandé de revenir quand le petit aura deux ans car  l’opération était risquée pour un nouveau-né. Mais il y avait aussi un coût à prévoir. Trois Cent Cinquante Mille (350'000) FCFA. C’était énorme. Nous n’avions jamais eu autant d’argent de notre vie et il nous était difficile, voire impossible de rassembler une telle somme. J’étais très abattue pour mon fils, J’ai pleuré plusieurs mois durant en donnant le bain à mon fils. Dans mon cœur je faisais le deuil de sa vie sexuelle. Je pensais qu’il ne pourra jamais avoir un sexe normal et que cette boule l’encombrerait toute sa vie. Après son troisième anniversaire, nous avons décidé de faire le trajet pour l’hôpital de District de Bankim. Sur place, premier motif d’espoir : après consultation, les médecins évaluent le coût de l’opération à soixante-quinze mille francs. 

Soit pratiquement le cinquième de la somme requise à Kumbo. Nous avons exposé notre situation financière précaire au personnel soignant de Bankim. Nous avions à peine de quoi nourrir nos quatre enfants décemment et nous venions de très loin. Le Médecin a accepté de pratiquer l’acte chirurgical gratuitement mais nous a demandé de faire un effort pour l’achat des médicaments.

Deuil, dépression et solidarité

Nous sommes donc rentrés à Fouabang avec la ferme intention de rassembler de l’argent pour les médicaments. Nous comptions emprunter de l’argent auprès de nos voisins, et chercher d’autres sources de revenus. Mais dès notre arrivée au village, Gédeon, mon mari est tombé gravement malade et est décédé. C’était la totale dépression pour moi, dépassée par le deuil de mon mari,la maladie de mon fils et l’ensemble des quatre bouches à nourrir.

En décembre 2018, un ami de mon mari a exposé ma situation à FAIRMED, et est arrivé à la maison avec un responsable de l’ONG. Il a promis d’en parler à plusieurs institutions de la sous-commission santé du district pour trouver une issue favorable pour mon fils. Divine a été opéré le 31 décembre 2018. Quelle joie ! Nous entrions dans la nouvelle année avec beaucoup de gratitude. En 2019 j’ai redécouvert mon fils. Lui, si taciturne, si renfermé, a commencé à se socialiser, à jouer avec les autres enfants du village, à rire avec ses frères. FAIRMED et les partenaires de la sous-commission santé l’ont définitivement libéré de ce poids aux testicules. Divine a retrouvé « le sourire des enfants de son âge ». FAIRMED n’est pas resté insensible à notre condition de vie précaire. Leur plaidoyer auprès de la sous-commission santé a permis de collecter des fonds pour soutenir ma famille après l’opération. « Que « Dieu » Bénisse d’avantage FAIRMED et son action. »